Questions / Réponses

Cette rubrique s’adresse à tous ceux qui se questionnent sur une éventuelle démarche psychothérapique et voudraient savoir un peu plus sur ma manière de travailler. Mais plutôt que « ma » manière il serait plus juste de dire « notre » manière, à « nous » psychologues cliniciens qui s’appuient sur la théorie psychanalytique pour expliquer tant les processus psychiques (comment marche notre monde interne ?) que la pratique thérapeutique (comment marche une thérapie ?). Par conséquent, sur les textes qui suivent, « nous » se réfère à cette définition.

Au vu de l’émergence d’un grand nombre de pratiques psychothérapiques il me semble nécessaire de faire un travail d’information. Ainsi, je prends le risque de la simplification, de l’affirmation et de la subjectivité pour donner quelques éléments qui me semblent importants sur « notre » pratique.

 

Non. Tout dépend de la complexité des difficultés rencontrées et de la profondeur du travail souhaité.

Nous vivons une époque qui valorise la rapidité. On doit réaliser beaucoup de choses vite et trouver des solutions « efficaces » à ses problèmes. Or la durée d'une thérapie dépend le plus souvent de la complexité des difficultés rencontrées et peut varier de quelques mois à plusieurs années de travail régulier. Pourquoi ?
Les raisons sont multiples :

  • Nous, humains, avons besoin de nous approprier nos expériences mal « digérés » et ceci parfois nécessite de les visiter et les revisiter encore.
    Νotre monde intérieur s’est construit au fil du temps et c'est également au fil du temps que les changements surviennent.
  • Au cœur de la thérapie se trouve la relation avec son thérapeute. C'est cette relation et ses soubassements inconscients qui vont servir d'éclaireur à notre manière de se lier aux autres et par conséquent à soi-même. Le développement de cette relation nécessite du temps.
  • Souvent ce qui nous fait souffrir a une partie visible et une partie invisible (inconsciente). Le travail du psychologue (tel que nous le pratiquons) est d'une part d'accueillir la partie consciente mais aussi essayer de tendre l'oreille à la partie inconsciente qui est souvent à l'origine du caractère énigmatique et insurmontable de la souffrance :
    « Je sais que cette araignée est inoffensive mais j'en ai quand même très peur », dit-on, ou encore « Je sais que cette relation me fait souffrir mais je n'arrive pas à m'en extraire ».
    Ce processus de la découverte de l'inconscient nécessite aussi du temps...
très fréquent que les psychologues évitent de répondre quand une personne en thérapie lui pose des questions personnelles. Ceci peut être la source d'une frustration, d'un sentiment de rejet ou d'incompréhension.
On pense généralement avoir besoin de connaître mieux quelqu'un pour pouvoir se sentir en confiance, mais si le psychologue évite de se dévoiler c'est pour mieux servir la thérapie. Il y a plusieurs raisons à ceci:

  • Par son silence sur lui-même, le psychologue signifie que l'espace de parole appartient à l'autre. Que le temps de la séance est celui de la personne en thérapie et que c'est elle qui est au centre de l'espace qu'il met à sa disposition.
  • Le psychologue veut aussi souvent éviter que la relation qui s'installe entre la personne en thérapie et lui-même soit trop ressemblante à toutes les autres relations sociales. Celles-ci sont régies par les règles de la bienséance où il y a une attente de réciprocité et d'arrondissement des angles.
    Le psychologue nous invite au contraire à tout pouvoir penser, ressentir et exprimer sans être gênés par les règles sociales et sans biaiser le propos (consciemment ou inconsciemment) pour satisfaire à ce qu'on suppose être ses attentes.
  • Enfin, ce qu'on va pouvoir imaginer et penser de son psychologue, les intentions qu'on va lui prêter, constituent un matériel précieux de notre psychisme qu'on pourra mieux cerner en connaissant les réalités de la vie et des opinions de notre interlocuteur.

Pour résumer, ce qui est important pour la personne en thérapie n'est pas la réalité de son psychologue, mais la raison pour laquelle elle se pose telle ou telle question sur lui. C'est cette réponse-là qui lui apprendra éventuellement quelque chose de plus sur elle-même.
Tous ces points expliquent aussi pourquoi le psychologue ne peut être en même temps quelqu'un que nous connaissons personnellement en dehors du cadre de la thérapie.
Il est fréquent qu'au cours d'une thérapie on cherche à savoir ce que le psychologue pense de nous, des causes de notre souffrance, des solutions qu'on devrait adopter. Parfois on lui demande directement son avis sur ses questionnements et lui répond certaines fois, et d'autres pas. Quand le psychologue évite de répondre à ce type de questions, c'est encore une fois parce qu'il pense mieux servir la thérapie. Là aussi, les raisons sont diverses :
  • Il arrive qu'il souhaite cheminer un peu plus longtemps avec la personne avant de dire quelque chose qui pourrait paraître trop abrupt ou trop étrange au moment présent. Si nous rangeons certaines choses dans notre inconscient, c'est parce qu'elles nous sont pénibles. Le psychologue prendra le temps qu'il faut pour pouvoir les accueillir le plus sereinement possible.
  • Enfin, quant à son refus de donner des conseils, il est important de souligner que son travail consiste, non pas à donner sa propre vérité, mais à accompagner la personne qui est en thérapie dans la recherche de sa vérité et de la soutenir dans sa prise d'autonomie.
Souvent les psychologues demandent de payer les séances auxquelles on ne s'est pas présenté. En cas d'imprévu, on peut déplacer ou annuler une séance pourvu qu'on prévienne assez à l'avance. Sans quoi la séance est due. Pourquoi ?

D'abord parce qu'une psychothérapie implique un engagement et ceci est nécessaire pour qu'elle se déroule dans les meilleures conditions. Ensuite parce qu'il est fréquent que les moments les plus critiques de ce travail soient aussi les moments où l'on sentira le moins l'envie de s'y rendre. Ce phénomène, bien familier à tous les « psys », est dû à la peur de l’inconnu qu'engendre le changement. Cette peur est en réalité à l'origine de bien des absences, des maladies, des actes manqués et des difficultés matérielles. Bien sûr, il ne s'agit pas de nier les obstacles concrets du quotidien! Il s'agit juste de signaler que cette peur a un talent hors normes de se déguiser en obstacle concret insurmontable.
Nous assistons actuellement à l’émergence de nombreuses thérapies inspirées du courant holistique qui visent au soin de l'ensemble de la personne incluant dans le soin psychique une approche corporelle. Par conséquent quand on parle ici « du psychologue » qui ne s'occuperait pas du corps il faut bien souligner qu'il s'agit de « notre » pratique. Il existe bien d'autres « psys » qui incluent le corps dans le soin. Ici, nous allons expliquer pourquoi « nous » ne le faisons pas sans exclure évidemment que d'autres pratiques soient possibles.

D'abord le psychologue (tel que « nous » le défendons) se garde bien d'être une personne qui prend soin de la « totalité » de la personne en demande de thérapie. Pourquoi ? Parce qu'une des causes de la souffrance humaine est la recherche consciente ou inconsciente d' « absolu ». On rêve secrètement de rencontrer cette personne qui saura comprendre et soigner tous ses maux. Le travail du psychologue est de nous accompagner dans le renoncement symbolique de la « personne qui sera tout pour moi » en nous orientant quand il le faut vers des soignants qui s'adressent au corps.

Une autre raison est que le psychologue invite à dire tout ce qui nous passe par la tête. Cette liberté qui n'est pas valable dans les autres relations se réalise à condition de s'abstenir du « faire ». C'est à condition qu'on ne fasse rien qu'on peut tout dire. Le toucher du soin corporel entrave cette abstinence du corps et il est à craindre qu'il entrave aussi la liberté totale de la parole. En d'autres termes si mon psychologue me procure aussi des massages il est probable qu'il y aura des pans de mon psychisme qui resteront inabordables.
Les psychanalystes appartenant à une association sérieuse (Association Psychanalytique de France, Société Psychanalytique de Paris, etc.) sont les seuls « psys » pour qui la condition même de leur admission en formation est un long et profond travail sur eux-mêmes. Pour les autres (psychiatres, psychologues, psychothérapeutes) ceci dépend de la conscience professionnelle et de la déontologie de chacun. Il faut insister particulièrement sur l'importance de ce travail. Les raisons sont principalement les suivantes :
  • En thérapie nous sommes deux : la personne en demande de thérapie et le psychologue. Avant de se mettre à la place du psychologue, il est indispensable de se mettre à la seule autre place qui reste : celle du « soigné ». Ainsi, cette écoute particulière que le psychologue, tel que « nous » le concevons, doit développer ne s'apprend qu'en la pratiquant sur lui-même. C'est parce qu'il aura appris à « s'écouter » qu'il pourra écouter les autres.
  • Le psychologue a comme tout être humain un inconscient qui doit être mis en lumière autant que possible afin qu'il ne constitue pas un obstacle à la thérapie qu'il pratique.

Pour conclure, il est très important de s'assurer autant que possible du sérieux des personnes à qui on confie notre monde interne.
Souvent on suppose que les psychologues ne sont pas émotionnellement investis parce que la rencontre implique de l'argent et parce qu'ils « font leur travail ». La réalité est tout à fait autre. Le psychologue non seulement investit émotionnellement son interlocuteur, mais reste également très attentif aux émotions que lui-même ressent. Celles-ci l'aident dans son travail thérapeutique et sont donc pour lui un précieux outil de travail et non pas quelque chose qu'il met à distance.
C'est une question très importante, mais malheureusement sans réponse. Une fois la question d'une formation et d'un travail sur soi sérieux évoqués, il n'existe pas de « recette » pour reconnaître la personne qui pourra nous aider. Il faudra se fier à son ressenti subjectif.
Beaucoup considèrent comme un aveu de faiblesse d'entreprendre un travail thérapeutique ou encore que leur souffrance ne mérite pas de soins étant donné que « d'autres souffrent bien plus qu'eux ».

En effet, il y a toujours plus souffrant que soi et toujours des gens « qui s'en sortent très bien » alors qu'ils ont vécu (ou vivent) « des choses plus graves ». Bien qu'il ne s'agisse pas de nier la diversité des niveaux de tolérance à la souffrance psychique on peut penser qu'il s'agit là d'un mythe. L'humain fait face à la souffrance psychique en mettant en place des défenses qui, quand elles sont trop massives (ce qui arrive quand la menace est ou a été subjectivement trop forte), le font souffrir à leur tour. Si on observe plus attentivement ces personnes qui « s'en sortent très bien » on peut constater qu'au lieu de se sentir souffrantes, elles développent des stratégies diverses telles que multiplier les activités ou faire souffrir leur entourage, etc.

L'évaluation et encore plus la hiérarchisation de la souffrance n'est ni possible ni souhaitable. Nous sommes tous à un moment de notre vie confrontés à la perte (d'une personne, d'une qualité, d'une situation) et la souffrance est inhérente à la vie. S'avouer et s'accepter comme un être « manquant » qui ne se débrouille pas que tout seul est une force et non pas une faiblesse.
En effet, le temps de la thérapie correspond à un moment qui nous est délibérément consacré, mais il est à espérer qu'il permettra à mieux s'ouvrir au monde qui nous entoure le reste du temps. Ruminer en solitaire ne laisse pas une vraie place aux autres. La lutte souterraine contre soi-même se loge dans tous les aspects de la vie quotidienne. Alors qu'on pense être ouvert à l'extérieur c'est notre monde intérieur qui devient LE monde. Enfin, en reconnaissant son histoire comme fondatrice de qui on est, en plaçant son histoire dans l'histoire plus élargie de sa famille on reconnaît aussi qu'on n'est pas un individu indépendant de notre contexte. On est ainsi peut être plus mûr pour se décentrer et se reconnaître comme faisant partie du tissu social et de l'histoire.
Une thérapie vise à un plus grand épanouissement dans les différents domaines de la vie. Mais ceci ne peut être constaté que de l'intérieur. Ce « mieux-être » peut être accompagné d'un changement de comportement ou alors d'une meilleure acceptation de soi. Nous connaissons tous des personnes qui ont « tout réussi » dans leur vie, mais leur expérience subjective n'est pas satisfaisante ou peut même être douloureuse. La thérapie que « nous » pratiquons n'a pas comme priorité une réassurance de l'entourage de la personne ou un rapprochement d'une prétendue "normalité", mais un meilleur bien-être subjectivement vécu.

Enfin, il existe nombre de personnes qui sont en grande souffrance (pas forcement visible) et qui auront toujours besoin de cet espace thérapeutique pour continuer à cheminer. Dans ces cas la thérapie qui « marche » est celle qui arrive à les maintenir dans un état de souffrance supportable.
Il est incontestable qu'il y a une montée du « psy » à notre époque, dans certains milieux. On peut penser qu'il s'agisse en partie d'un phénomène de mode c'est-à-dire que dans certains cas cela ne correspond pas à une démarche émanant de la personne, mais répondant plutôt à un besoin de conformité.

Mais il y a sans doute d'autres raisons à cette montée. De par le passé la démarche psychothérapeutique était très rare et par conséquent inconnue par le plus grand nombre. Aujourd'hui c'est une démarche courante qui fait partie des possibles et dont on a moins peur, elle n'est plus perçue comme une démarche qui ne conviendrait qu'aux « fous ».

Par ailleurs il est vrai que dans nos sociétés modernes et individualistes il y a une recherche intense d' « auto-determination ». C'est-à-dire qu'on se fie de moins en moins à une autorité (parents, professeurs, savants, religion, etc.) pour déterminer ce qu'il conviendrait de faire, de penser ou d'être, mais on cherche plutôt ce qui « nous convient », et cette démarche se fait souvent au sein de l'espace thérapeutique.